Nouveau campanile de Pont-Scorff

Rencontre avec Paul de Greslan
associé-gérant de la sarl « le Local d’Architecture »
l’architecte référent en charge du projet
que l’on pouvait croiser très régulièrement,
place de la Maison des Princes, durant le chantier cet été.

 

① Une controverse est née autour du mot « campanile » régulièrement utilisé pour cette construction y compris dans l’appel d’offre de la municipalité.
 Comment mettre un terme au débat entre « Clocher » ou « Campanile » ?

La couverture en ardoise, sa forme générale,  l’emplacement : celui du clocher jamais construit, le terme « campanile »  peu usité dans notre région, doivent permettre de valider, selon l’architecte, l’appellation « clocher ».
Paul de Greslan nous révèle une anecdote et un choix qui pourrait expliquer sa  préférence terminologique.
« Le terme de « campanille , retenu par la municipalité de Pont-Scorff, a échappé aux alertes des professionnels du bâtiment qui l’ont mal interprété et n’ont pas jugé bon de répondre à l’appel d’offre. S’agissait-il d’un nouvel hôtel  du même nom à Pont-Scorff ? … surprenant  !
C’est aussi le cas, dans un premier temps, de notre  propre agence d’architecture nous n’avions
pas repéré ce dossier ».

Parmi les 4 projets soumis au jury composé de l’Architecte des Bâtiments de France, l’Architecte du CAUE, du Curé et du Maire, son agence est la seule à faire le choix de l’emplacement du clocher dessiné à la fin du 19° siècle par l’architecte Armand Gassis et positionné au fronton de l’église, mais jamais construit.
Le projet de l’architecte prend ainsi et progressivement le nom de « clocher »
Paul de Greslan opte  clairement pour un clocher, bien que structurellement l’ensemble ne soit pas solidaire de la façade de l’église, il n’est pas isolé mais accolé et son aspect général permet donc  de l’identifier comme un clocher, une «  tour de cloches »
La commission de sécurité consultée sur ce projet y voyait d’ailleurs une extension de l’église et les
mesures de sécurité étaient à prendre en ce sens.

Cependant, un « clocher » fait partie intégrante de l’architecture d’une église dès sa construction
ce qui n’est pas vraiment le cas ici.

La nouvelle structure n’est pas accrochée à la façade de l’église ancienne, on aperçoit simplement un joint d’étanchéité de la couverture, ce qui pourrait entériner a contrario le terme de « campanile » :
un édifice plus léger, plus audacieux et ici séparé de l’église.
La séparation est-elle si effective et suffisante en l’espèce pour soutenir la thèse du « campanile » ?
Il vous appartient de prendre position, mais j’avoue une préférence marquée pour ce terme élégant issu de « campana » qui veut dire cloche.
Peut-être pourrions-nous, pour clore ce débat sémantique, retenir l’appellation de « cocher-campanile » !

 

② Cette fois devant l’édifice pour une lecture, commentée par l’architecte,
des caractéristiques de l’ouvrage en cours de finition
.

A l’ombre des arbres de la place de la Maison des Princes, Paul de Greslan,  nous aide à mieux cerner et à justifier les choix techniques et architecturaux de cette réalisation qui ne laisse personne indifférent.

« L’édifice a une petite emprise au sol mais une hauteur importante de 24 mètres contre 35 pour le clocher prévu à l’origine..
La résistance aux éventuels coups de vent est donc assurée par une puissante chape d’un mètre de profondeur, enterrée et  appuyée sur le bon sol et la roche, pour ancrer et lester le porche en béton,  la structure en bois qui abrite les cloches et la verrière «abat-sons ».

La teinte actuelle du porche en béton va, avec le temps, s’harmoniser avec les mêmes teintes colorimétriques des bâtiments voisins, il faut donc ici faire preuve de patience.
Pour être plus précis, le sable et le granulat de granit présents dans le béton sont d’origine morbihannaise.
De même d’ailleurs que le zinc des rives et du sommet n’est pas pré patiné mais naturel afin de prendre, au fil des ans,  la teinte des descentes d’eaux pluviales environnantes par exemple.

Par contre, pas de croix au faîte de ce clocher, mais les avis du jury de sélection étaient partagés, un rajout d’une barre transversale au paratonnerre reste toujours possible.

 

③  Parmi les 4 projets retenus et soumis au jury
le vôtre était le seul, à positionner le campanile en lieu et place du « clocher fantôme » jamais construit.  Une évidence seulement pour vous ?

« Le fronton de l’église du Sacré Cœur de Jésus porte depuis bientôt 130 ans la trace de l’œuvre inachevée de l’architecte Armand Gassis.

 Les chevronnières incomplètes, les raccords temporaires de zingueries et les coulures consécutives, les appuis de charpente en attente, le remplissage sommaire en moellons au centre de l’élévation, tranchant avec les pierres de taille des rives, ainsi que les ouvertures restées murées en sont le témoignage criant.

 De même, faute de porche, les visiteurs sont dépourvus d’un abri précédent l’entrée dans la nef.
Les campaniles se succédant à l’arrière sans jamais prendre soin de l’avant, est-il venu le temps de conclure l’attente du clocher fantôme ?
 »                       

                                                                                                       Source :   site « Le Local d’Architecture »

 

④  J’ai découvert sur votre site l’existence d’un partenariat avec le sculpteur
Antoine Kito (nom d’artiste)
Quelle est sa participation à cette œuvre commune ?

La mairie souhaitait au lancement de ce projet y intégrer une dimension artistique.
Le partenariat du sculpteur Antoine Kito, avec l’agence d’architecture, pouvait donc  
ici trouver une justification.

« Cependant :’agence  porte seule l’entière responsabilité du chantier.
Bien que n’ayant jamais fait d’architecture Kito, connu pour ses nombreuses sculptures de la vallée des Saints, neveu de l’architecte breton Yves Guillou, a accepté d’apporter sa contribution ».

Une journée entière de travail est organisée à Plouézec dans l’atelier du sculpteur en Côtes d’Armor, avec pour seule intuition que celle de ne pas positionner la structure sur l’emplacement de l’ancien campanile.
Le sculpteur milite pour un ouvrage en élévation et sensiblement  au dessus du pignon de la façade  de l’église, positionné sur un socle une forme de chapelle.

« En somme, ce clocher est un menhir moderne. Il tiendra compagnie aux passants, dans leurs joies comme dans leurs peines, pour les décennies à venir ».


 ⑤ Travaillez-vous régulièrement avec les entreprises spécialisées retenues,
je pense à Cruard pour le coffrage et la charpente, à Cloirec pour la couverture etc … ?

« L’agence n’a jamais travaillé avec les entreprises qu’elle a sélectionnées, excepté le maçon digne de confiance et qui a bien voulu, contrairement à de plus grosses  entreprises, prendre des risques importants pour la délicate réalisation de ce porche en béton ».
Il faut en effet couler 46 tonnes de béton en une fois dans un coffrage gigantesque en bois que nous avons tous remarqué, non sans mesurer les enjeux et le risque que ce coffrage explose.

⑥« Il est venu le temps de conclure l’attente du clocher fantôme »
Un chantier parmi d’autres ou une commande d’exception pour vous ?

La création de A à Z d’un clocher est actuellement rarissime, sauf bien entendu pour des réparations.
Etre à l’origine d’une telle réalisation justifie une réelle fierté de l’architecte.
« Nous avons aussi pris le risque d’être déclassé et de ne pas avoir droit à la prime de concours puisque le site retenu était clairement précisé à l’emplacement de l’ancien campanile et non en façade de l’église ».

Cette fierté exprimée, avec retenue certes, par un compagnon de l’entreprise Cruard  choisi ici pour le lot coffrage et charpente bois, (par ailleurs membre du groupement en charge de la charpente et de la flèche de Notre Dame de Paris), est partagée par tous les corps d’état.

Ils ont tous conscience de participer à un chantier atypique et ravis d’y être associés en réalisant, pour certains, dans des conditions parfois difficiles,
un « chef d’œuvre », à l’image des compagnons du devoir.

Vous découvrirez par exemple, si vous levez les yeux vers le pinacle, cet élément de toiture ornemental en zinc, en forme d’écailles de poisson, que les couvreurs ont tenu à réaliser, bien que non stipulé dans le cahier des charges.

Nos remerciements aux artisans et entreprises, dont vous découvrez la liste ci-dessous, et qui se sont tous investis, sous le soleil parfois torride, cet été 2026.

Terrassements généraux
MARC  S.A.
56855  CAUDAN

Gros Œuvre Maçonnerie
SK MACONNERIE
56000  VANNES

Charpente Bois
CRUARD CHARPENTE
53360  SIMPLE

Couverture Zinguerie
CLOIREC COUVERTURE
29270  CARHAIX

Métallerie
LOBLIGEOIS
29290  SAINT RENAN

Menuiserie Intérieure
Entreprise Joseph AUDIC
56410 ERDEVEN

Electricité
JC ANDRE
56530  QUEVEN

Cloches et Mécanismes
MACE Sarl
29950  TREGUEUX

Miroiterie
L’En Verre du Décor
56320  LANVENEGEN

 

⑦  «Le Local d’architecture »  souhaite contribuer « à l’émergence d’un équilibre sociétal apaisé » Comment être acteur de cette belle ambition selon vous ?

A la création de la société, en 2023, les 4 associés en 2023 se donnent pour ambition de se fixer un cap commun pour conserver une cohérence, « quelle doit être notre contribution au monde d’aujourd’hui en temps qu’architecte mais pas prioritairement sur la seule question du style ?».
Il s’agit davantage, par exemple, de s’interroger sur comment contribuer à la réduction des émissions de CO2 ; une question qu’ils se posent à propos de tout nouveau  projets .

 « Pour ce dossier à Pont-Scorff, nous avons fait le choix pour le socle d’un béton bas carbone,  un matériau de construction qui vise à limiter les émissions de gaz à effet de serre dès sa fabrication et retenu pour l’abri des cloches, une ossature en bois qui a capté du CO2.
Il s’agit aussi pour nous, de permettre à chacun de faire appel à un architecte y compris avec un budget plus modeste et donc pour nous d’accepter des honoraires en conséquence ».

Ils conçoivent également leurs projets en veillant à l’intégration des bâtiments dans l’implantation urbaine en créant des axes de circulation qui favorisent les rencontres et les échanges.

A découvrir enfin, une vidéo de cette réalisation
disponible sur le site du « Local d’Architecture » :

https://www.youtube.com/watch?v=v8R6ZMgH01U

Tous nos remerciements à Paul de Geslan d’avoir accepté
ce riche temps d’échange situé avant la toute fin du chantier
et l’inauguration officielle le vendredi 25 septembre 2026.